Comment je me suis fait expulsé du parlement européen
- 2 oct. 2023
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Cela fait plus de 10 ans que je viens au parlement européen à Strasbourg. J'y ai emmené depuis 2013 des dizaines et des dizaines de personnes, enfants, collégiens, lycéens, étudiants, handicapés, journalistes, militants, artistes d'Alsace, de France et d'ailleurs. Parfois c'est un peu compliqué d'y rentrer, mais à la fin c'est toujours le citoyen qui gagne. Jusqu'à aujourd'hui. En 2023. Après une centaine d'eurodéputé-e-s interviewé-e-s, souvent par des jeunes qui découvrent la politique et les médias.
Tout commence avec le projet Abaraz soutenu par l'OFAJ (Office franco-allemand de la Jeunesse), qui réunit une vingtaine de jeunes du Maroc, de Tunisie, de France et d'Allemagne en septembre 2023 à Mulhouse et au parlement européen. Une belle aventure radiophonique s'annonce. Mais la veille de notre arrivée au parlement, nos amis tunisiens reçoivent un refus à leur demande d'accréditation presse. Je me dis que nous réglerons ce malentendu en arrivant à Strasbourg, comme c'était toujours le cas. Mais finalement le refus persiste et aucun tunisien ne rentre par l'entrée des journalistes... Pourquoi nos 6 Tunisiens n'ont pas été accepté ? Officiellement parce que leur radio Nefzawa dans le sud tunisien n'avait pas rempli le "registre de transparence", un dossier fort long et complexe à compléter, destiné aux lobbystes agro-alimentaires et non pas aux médias, soit-ils associatifs. Toujours est-il que les 6 Tunisiens, dont un détenteur de carte de presse, sont interdits de fait d'accès au parlement, avec un mail de refus reçu la veille. En face, les participants allemands de Radio Okerwelle, un média régional de Basse-Saxe présent pour la première fois au parlement, ont reçu leur badges journalistes sans souci. Personne ne leur a jamais parlé du fameux "registre de transparence"...
Commence alors une longue course pour éviter que les participants tunisiens qui ont fait 12 heures de voyage pour "découvrir la démocratie européenne" ne rentrent chez eux sans avoir mis les pieds au parlement. Je finis par aller à l'accueil "médias accréditation" pour comprendre ce qui se passe. La dame à l'accueil m'explique que "tout le monde doit remplir le registre de transparence", je lui réponds que ce n'est pas vrai, la preuve avec les Allemands. Sans pouvoir argumenter plus, la femme me demande de sortir immédiatement, j'ai mis en doute sa parole et cela semble interdit ici. Une jeune marocaine me suivait, elle filmait avec son smartphone, sans mauvaise intention, mais cela a certainement joué en ma défaveur. Toujours est-il que depuis cette tentative de discussion avec la "DG Comm", je suis "banni" du parlement comme un joueur de jeu vidéo qui aurait triché...
Lundi 2 octobre 2023, deuxième session de rentrée, nos 8 demandes d'accréditation presse sont toutes refusées. Sans aucune raison. Sans doute Radio WNE est trop petite pour avoir le droit d'informer... Pourtant, Elena vient de Russie pour un volontariat européen financé par l'UE dont l'objet même est de faire de la radio au parlement, Jean-Noël, professionnel des médias, arrive de Toulouse pour participer à ce Wunderparlement avec 5 étudiants mulhousiens. Nous cherchons parmi les députés qui pourrait nous faire entrer au parlement en tant que simples visiteurs, nous trouvons un élu compréhensif qui nous permet de rentrer dans l'enceinte. Et alors que nous nous réunissions au bar de la presse pour préparer - enfin - en ce mardi 3 octobre après-midi notre première émission, un agent de sécurité nous demande nos badges journalistes. Que nous n'avons pas puisque nos demandes ont été refusées. Et les badges "visiteurs" nécessitent apparemment la présence d'un eurodéputé à nos côtés en permanence. Nous voici à présent escortés en dehors du parlement par la sécu... Et vive la liberté de la presse !



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